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Agriculture

“Une femme peut faire le même boulot qu’un homme, à sa manière”

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Mélanie, éleveuse de mère en fille

Nous partons tout d’abord dans l’Yonne, à la rencontre de Mélanie Varache. Cette trentenaire est installée depuis dix ans à Dixmont, au nord de Joigny, en élevage laitier. En cette fin d’été, l’herbe est rare. Chaque jour donc, cette année, en plus de son travail quotidien, Mélanie vient nourrir celles de ses vaches qui sont au pré. “J’adore les vaches et je trouve qu’elles nous le rendent. On s’occupe bien d’elles et en compensation, elles me donnent plein de lait et puis plein d’amour. Ça donne des forces à faire ce métier, confie l’agricultrice. Il y a aussi un côté familial.”
 

C’est la ferme de mon grand-père. Donc ça me tenait à cœur de reprendre la ferme de mon grand-père.

Mélanie Varache

Cette ferme c’est aussi celle de sa grand-mère, Gisèle, qui l’aide de temps en temps. Mais ce que Mélanie trouve aussi auprès de sa grand-mère, c’est de la compréhension et du réconfort. Indispensables aujourd’hui pour supporter un métier qu’elle trouve de plus en plus difficile. “Je travaille tous les jours, sept jours sur sept. Quasiment 24 heures sur 24, parce que s’il y a un souci dans la nuit, je vais me lever. Et je ne suis pas rémunérée en face comparé au travail que je fais.”
 



durée de la vidéo: 04 min 39

Épisode 1

Mélanie travaille également avec sa mère Anne-Marie, co-exploitante avec elle. Elle est là aussi, presque tous les jours pour la traite, un temps fort deux fois par jour.  “C’est le moment où on a le plus de contact avec les vaches. On est presque en symbiose”, indique Mélanie.

Et puis il y a sa fille Clothilde, 5 ans et demi, qui sitôt rentrée de l’école se retrouve au milieu des vaches. “C’est sûr qu’elle passe beaucoup de temps avec moi et mes vaches. Elle est avec moi à la traite, avec moi au milieu des veaux, précise l’éleveuse. Je ne culpabilise pas parce que c’est comme ça, j’ai choisi d’être agricultrice avant d’être maman. J’ai même eu du mal à passer le cap d’être maman.”

“La première chose que j’ai dite quand j’ai eu Clothilde : je sais élever des vaches de 800 kilos. Mais un bébé de trois kilos, comment je vais faire ?” Depuis, Mélanie a appris à être, tout à la fois, agricultrice, épouse et mère. Une vie dense qu’elle assume totalement.

 

Audrey, étudiante en BTS

Il est désormais temps de suivre Audrey Pariat. Elle a 20 ans et est étudiante en BTS au lycée de Fontaines, en Saône-et-Loire. L’agriculture, pour elle, n’est pas seulement une passion, c’est une évidence. “Mes parents sont agriculteurs, ils sont en bovins-allaitants. Depuis toute petite, je suis bercée dedans. Du coup je n’ai pas vu autre chose que le monde agricole.”

“Je suis venue à Fontaines parce que pour moi ça paraissait logique, raconte la jeune femme. C’est peut-être bête à dire mais je ne me voyais pas aller dans un lycée de ville. Et puis c’est un milieu, un environnement qui me plaît. C’est un beau métier. On est en contact avec les animaux, la nature. On est là aussi pour les autres, parce qu’on produit quelque chose qu’on va donner au final à quelqu’un. On est là pour nourrir les gens.”

Les filles sont de plus en plus nombreuses à se diriger vers les filières agricoles. Elles représentent ici la moitié des lycéens. Mais elles sont peu nombreuses à vraiment se spécialiser comme Audrey. Le métier est exigeant et physique, déjà pour les hommes, encore plus pour les femmes.

 

Quand on est toute seule à travailler sur une ferme, il faut tout gérer […] Mais je pense qu’une femme peut faire le même boulot qu’un homme, à sa manière.

Audrey Pariat

 



durée de la vidéo: 03 min 52

Épisode 2

Un week-end par mois, Audrey travaille comme salariée dans l’exploitation du lycée. Elle soigne, nourrit et surveille les bêtes, avec parfois d’autres étudiants comme Sophie. Elle n’est pas issue du milieu agricole, elle se destinait au football avant de choisir d’être éleveuse. Un choix désormais certain. Audrey, elle, hésite encore sur le métier qu’elle va choisir. “J’aimerais travailler dans une coopérative agricole, en tant que conseillère en élevage. Voir les gens dans leurs fermes, voir s’ils y arrivent. Les conseiller au niveau de l’alimentation, de la gestion de leur troupeau, les aider.”

Quant à prendre les rênes d’une exploitation, voire reprendre celle de ses parents, rien n’est moins sûr. “Je n’ai pas envie de laisser l’exploitation de mes parents à l’abandon. Parce qu’après il n’y aura personne. Mais dans un sens, je me dis qu’il y a trop de responsabilités. Et économiquement parlant, c’est dur. Il faut avoir les moyens. Je vois comment ça se passe avec mes parents. Ils travaillent tout le temps, tous les jours. Ils ne se tirent pas le salaire qu’ils devraient se tirer. Au final, je n’ai pas envie de travailler toute ma vie pour rien, pour rien gagner et ne pas avoir de reconnaissance. Mais je veux quand même rester dans le monde agricole.”

 

Hélène, éleveuse face à la sécheresse

Hélène Doussot est éleveuse de vaches charolaises, à Verjux en Saône-et-Loire. Elle est maman de deux enfants. “Je me lève à 5h30, je lance ma machine à laver. Je pars à la ferme, je soigne mes vaches. Je leur amène de l’eau, à manger. Et puis j’essaye d’être revenue à la maison pour 8h. Je me dépêche, je rentre, on déjeune et puis on repart à l’école. Il faut beaucoup d’organisation”, précise l’agricultrice.

Une fois sa fille Juliette à l’école, Hélène peut organiser sa journée comme elle le veut. Ce matin, elle commence par une livraison de maïs à la coopérative. “Le métier est hyper varié. Un jour on va être véto, le lendemain on va être comptable, vendeur, acheteur… On ne fait jamais la même chose.” C’est surtout un métier pour lequel elle ne s’est posé aucune question. “Petite, j’étais tout le temps fourrée à la ferme. J’étais tout le temps avec mon papa, dans le tracteur, à droite à gauche vers les animaux”

 

Mes vaches ont toutes un prénom. Ma petite de huit ans connaît tous les noms des veaux, ce qu’il s’est passé cet hiver avec. Donc c’est rigolo parce que ça se transmet de génération en génération. C’est une passion.

Hélène Doussot

Aujourd’hui, la ferme qu’elle dirige avec sa mère compte une petite centaine de bovins allaitants et 240 hectares de culture. C’est une taille raisonnable pour une ferme sans salarié, mais la sécheresse de cet été a beaucoup augmenté la charge de travail. “Les bêtes boivent énormément. Une vache et un veau boivent autour de cent litres par jour, donc c’est important. Je mets à peu près deux heures ou deux heures et demi par jour pour mener de l’eau. Et je mène de l’eau dans à peu près 90 % de mes prés.”
 



durée de la vidéo: 04 min 29

Épisode 3

“Le plus grand inconvénient du métier pour moi, c’est la météo. Ça fait trois années de sécheresse, on est à bout. On n’en peut plus, on est fatigués. On nourrit nos animaux huit ou neuf mois dans l’année. On les aime mais c’est usant.” À cela s’ajoute un autre problème, la chute des cours des broutards qu’elle vend à l’engraissement, entre 150 et 200 euros en moins par bête. La rentabilité de l’exploitation est devenue compliquée.  

Mais l’abattement n’est pas dans le caractère d’Hélène. Depuis toujours, elle est engagée syndicalement pour partager avec ses collègues et tenter de trouver des solutions. Elle préside même la commission agricultrices de la FDSEA de Saône-et-Loire. “Cette commission a été créée au départ pour défendre les droits des femmes. J’étais dans les premières à bénéficier du congé maternité en Saône-et-Loire. Je l’ai eu en 2008-2009 et j’étais dans les premières. Comme quoi, elles partaient de loin les filles.”

 

Sofie, viticultrice par amour

Direction désormais la côte de Beaune, en Côte-d’Or, où Sofie Bohrmann a créé son domaine il y a une vingtaine d’années. “Ici, pour moi, on a une très belle vue sur Meursault, où on est basé, indique la viticultrice. On est dans les Meursault Les Vireuils. J’adore cette vigne parce que c’est une vigne qui est très minérale en fait. Normalement les Meursault sont plus connus pour des vins très gras. En fait ce coin, comme c’est assez en hauteur, c’est vraiment beaucoup plus minéral. Mais avec quand même une rondeur.”

Sofie parle comme si elle était née ici. En fait, elle vient de Flandres. Elle se destinait à un métier dans les langues jusqu’à ce que s’en mêlent son père, riche industriel amoureux du vin et sa sœur attirée par le monde viticole.

 

Ma sœur a dit j’aimerais bien aller en Bourgogne. J’ai dit pourquoi pas, j’y vais six mois. Là, ça fait vingt-trois ans (rires).

Sofie Bohrmann

“Il y a tellement d’aspects, on apprend tous les jours. Il y a une vie avec la nature. Quand j’entends mes copains qui sont pendant des heures dans les embouteillages, nous on a un peu d’embouteillages pendant les vendanges avec les tracteurs mais c’est tout. Et comme j’aime bien boire et manger, forcément ça me va très bien. Il y a des côtés que j’aime moins mais c’est pour ça que j’ai mon régisseur qui fait toutes les choses que je n’aime pas ou que je ne sais pas faire.”

 



durée de la vidéo: 03 min 59

Épisode 4

Le travail de la vigne et la vinification, c’est la partie de Dimitri Blanc, le régisseur. Sofie s’occupe de la gestion, de la commercialisation et des relations avec les clients. Mais depuis le confinement, elle met aussi un peu plus les mains dans le moût. “On s’entend super bien, on arrive à communiquer. C’est très important, confie Sofie. Mais je trouve qu’il faut que j’aprenne encore plein de choses.”

“Je préfère travailler avec les femmes, clairement. Il y a moins de brutalité, indique Dimitri. Il y a plus de subtilité à travailler avec une femme que de travailler entre deux hommes où il y a un côté un peu plus brutal.”

Aujourd’hui l’exploitation compte 13 hectares et 17 appellations parmi les plus prestigieuses au monde. Sofie s’est fait un nom dans le monde viticole bourguignon, peut-être grâce à son côté belge. “J’adore la mentalité des gens de ce pays, surtout du côté de la Flandre, explique Dimitri. Il y a vraiment un côté entreprenant, toujours une solution à tout. Il n’y a jamais de problèmes dans la vie.”

Et puis il y a aussi chez Sofie le goût de la vie, des bonnes choses, l’envie de profiter, d’en faire profiter. Sofie est aujourd’hui autant bourguignonne que flamande. “Je n’aurai jamais pensé que j’allais faire ça, mais maintenant j’aurai du mal à trouver autre chose.”

Feuilleton réalisé par Muriel Bessard, Rodolphe Augier, Samuel Verrier, Laurence Crotet-Beudet et Yoann Danjou



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