gefb-cg71.com
Image default
Agriculture

qu’en pensent les étudiants de l’Institut Agro de Dijon ?


Une vidéo d’AgroParisTech invite les jeunes ingénieurs agronomes à déserter le système pour ne pas le perpétrer. Comment les étudiants de l’Institut Agro de Dijon voient-ils leur formation et leur avenir ?

C’est un discours-choc, loin des remerciements attendus lors d’une remise de diplôme à AgroParisTech. Le 30 avril dernier, un collectif d’ingénieurs fraîchement diplômés appelle les jeunes agronomes à déserter le système, à ne pas perpétuer les atteintes à l’environnement grâce au savoir qu’ils viennent d’acquérir.

A l’Institut Agro de Dijon (ex-AgroSup), l’une des meilleurs écoles françaises d’agronomie et d’agroalimentaire, les étudiants ont découvert la vidéo avec stupéfaction. Fanny est en 1ère année d’agronomie : « Je suis très surprise car je pense que l’agronomie a pour objectif principal de nourrir le monde. On ne peut pas abandonner cette mission ! » Natacha, étudiante en agroalimentaire, trouve la vidéo  de ces huit étudiants « trop catégorique » : « Ils attaquent beaucoup l’agroalimentaire mais les solutions proposées sont radicales. » 

A l’inverse, Mathilde avoue qu’elle « a personnellement éprouvé de la reconnaissance pour ces élèves. Ils ont eu le courage de faire part des contradictions qu’ils avaient relevées au cours de leur formation et de leurs inquiétudes.« 

Les étudiantes dijonnaises sont toutes d’accord sur le cri d’alerte lancé sur l’état de la planète mais pas sur la manière de le faire. Fanny, fille d’agriculteurs lorrains, se sent une responsabilité et ne compte pas déserter : « Nous avons choisi d’étudier dans les domaines de l’agronomie et de l’agro-alimentaire, précise-t-elle. Nous ne sommes pas là par hasard. Ici, on apprend à limiter les traitements phytosanitaires au minimum.« 

 Natacha s’étonne de son côté du lien direct fait entre agroalimentaire et cancer : « Je pense qu’il y a beaucoup de produits très nouveaux dans le domaine de l’alimentation. On peut travailler sur le vegan, sur le bio. »

Le discours des diplômés de la vidéo laisse perplexe celles qui ont choisi l’Institut Agro de Dijon pour ses enseignements en agroécologie :  » Peut-être que c’est aussi parce que AgroParisTech a des partenariats avec de grands entreprises de l’agroalimentaires, certaines très polluantes, mais chacun étudiant choisit ses stages en fonction de ses valeurs. Certains de mes camarades ne veulent pas aller chez Total ou Lactalis par exemple en raison des derniers scandales. »

C’est à nous de faire changer les choses, d’essayer de développer de nouvelles techniques.   

Fanny, étudiante en 1ère année à AgroSup Dijon

Les formations d’ingénieurs intègrent désormais les démarches environnementales dans les enseignements.  A Dijon, en troisième année, parmi les dominantes d’approfondissement, AgroSup propose une spécialité AGIR, axée sur la relocalisation de l’agriculture par des circuits-courts et la protection de l’environnement, mais aussi une spécialité Agroécologie, pour raisonner les modes de production végétales et limiter les intrants, ou une formation au diagnostic des changements climatiques. C’est un argument important pour certains étudiants, comme Fanny qui rêvait d’intégrer cette école.

Mathilde tempère cet enthousiasme : « Nos cours parlent de ce qui existe actuellement, des grandes cultures, des pratiques majoritaires mais pas des méthodes alternatives comme la permaculture. Peut-être parce que l’on n’a pas encore assez de données scientifiques mais c’est dommage. »

En agroalimentaire, à côté des formations liées au vin ou à l’innovation, réputées à Dijon, l’éco-conception des emballages alimentaires et la prise en compte de l’éthique des consommateurs font partie des enseignements. Natacha croit en la politique des petits pas : « Nous sommes peut-être une génération trop pressée. Je pense que l’on n’a pas trouvé LA solution mais profitons de chaque petites avancées et mobilisons-nous au sein des entreprises dans lesquelles nous travaillerons ! »  

Une réunion entre les élèves et l’administration Institut Agro avait fait apparaître cette demande d’agroécologie dans les programmes de l’école. Pour en savoir davantage sur les recherches actuelles sur le réchauffement climatique, les associations étudiantes organisent des conférences et des rencontres. Mathilde trouve cela dommage car cela clive l’école en deux : « les bobos-parisiens qui lisent le rapport du GIEC et les autres qui n’y vont jamais ». « Je comprends les étudiants d’AgroParisTech qui disent qu’ils veulent fonder de micro-structures autonomes pour ne pas avoir d’impact sur la planète mais, pour certains élèves, c’est une aberration car cela n’aidera pas les petits agriculteurs enfermés dans le cercle vicieux de la course au rendement. » 

Cette étudiante en agronomie conclut inquiète :  « Pour moi, ce qu’on apprend à l’école ne nous prépare pas mentalement au changement climatique qui s’annonce. Comment fera-t-on dans dix ans pour donner des conseils aux agriculteurs qui viendront nous voir ? »





Source

Related posts

le loup suspecté de la mort de 3 agneaux à Diennes-Aubigny

adrien

Les insectes archéologiques témoignent du passé des humains

adrien

à bout, les viticulteurs se battent contre le gel pour sauver ce qu’il reste

adrien