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Agriculture

INSOLITE. Dans le Jura, le plus ancien téléphérique à lait de France vient d’être restauré pour le tourisme



Pendant près d’un siècle, le téléphérique de Blois-sur-Seille a permis de descendre le lait du plateau vers la fromagerie en bas du village. Une curiosité unique que les touristes pourront à nouveau voir fonctionner. Notre feuilleton lui est consacré.

Dans cette reculée du Jura, non loin du vignoble de Château-Chalon, le village de Blois-sur-Seille est au creux de la vallée, et ses trois hameaux sont sur le plateau. Jusqu’en 1893, les paysans ont descendu leur lait à la fruitière par voiture à âne. Sept kilomètres aller-retour, deux fois par jour l’été sur un petit chemin escarpé, « par tous les temps et en prenant des risques » comme le souligne Laurent Besançon, le maire actuel de la commune. 

Et puis un jour, le président de la société fromagère, Jean-Alphonse Dumont doit effectuer une période militaire au génie de Grenoble. Il découvre alors que dans les vallées des Alpes, les hommes ont inventé un système pour alléger leur tâche : le téléphérique. Un texte d’archives permet de confirmer ces récits et précise même que le paysan du Jura a eu l’occasion de voir « une installation de câbles assurant la descente des pierres de la montagne à la cimenterie appelée la porte de France ». Rentré au village, il propose à un autre paysan, Maxime Grillot de faire construire le même système pour faire descendre le lait dans la vallée pour l’acheminer jusqu’à la fromagerie.

L’étude et la réalisation des travaux sont alors confiées à une entreprise de Saint-Lamain (Jura) pour la somme de 3440,75 francs, financés par les paysans du hameau. Aucune archive concernant la construction n’a été retrouvée, mais la réalisation force l’admiration d’autant qu’aucun moteur n’est nécessaire. Les bouilles à lait pleines descendent le long des 500 mètres de câble et font remonter grâce à leur poids les bouilles vides. Le tout grâce à un ingénieux système de poulies à gorges.

Jusqu’en 1982, le porte-lait a fonctionné tous les jours de l’année, avec quelques ratés comme le racontent Suzanne et Jean-Pierre Rebouillat, les derniers fromagers à avoir utilisé l’engin. Quand il neigeait ou qu’il gelait trop fort, il arrivait que le chariot des bouilles de lait reste suspendu au beau milieu du câble, parfois toute une nuit. On attendait alors patiemment que les températures remontent pour que les quatre bouilles de 60 litres chacune arrivent jusqu’en bas. Et puis en 1982, seuls deux paysans du hameau de Chaumois-Boivin produisaient encore du lait, trop peu pour faire tourner la fruitière qui a fini par fermer. 

Tous au village à commencer par Madame le Maire, Arlette Guichard avaient bien conscience qu’il fallait tout faire pour préserver ce patrimoine rarissime. Les gares d’arrivée et de départ ont donc été refaites en 1999 mais pour le câble et le système initial, il fallait trouver des fonds d’autant que les normes de sécurité d’aujourd’hui sont drastiques. L’association du comité des fêtes « Les loups de Blois » s’est battu pour tenter de maintenir au moins en l’état le porte-lait, mais il a fallu un heureux hasard pour que la situation se débloque.

Parce qu’il est un cycliste et un randonneur averti, Michel Vieille avait l’habitude de venir pratiquer ses loisirs favoris dans la sublime vallée de la Seille. Amoureux de patrimoine, ancien formateur à L’ENILBIO de Poligny, il s’en est allé trouver la maire en 2017 pour lui proposer ses services et l’aider à faire aboutir cette réhabilitation. Il faut dire que Michel Vieille pouvait se prévaloir d’une précédente et fructueuse démarche puisqu’il avait oeuvré à la réalisation de la copie de la Vierge à l’Enfant de Poligny. 

Relançant ainsi la dynamique autour du téléphérique, il contacte la Fondation du patrimoine qui s’intéresse au projet de réhabilitation et lance un appel aux dons. Au total, 100.000 euros sont nécessaires, subventions et dons privés. L’engouement pour le projet est immédiat, la somme est réunie plus vite que prévu. Le projet va pouvoir enfin voir le jour.

Deux entreprises répondent à l’appel d’offre de la mairie et c’est finalement une entreprise de Savoie, la société MND qui emporte le marché. Une société spécialisée dans les équipements de loisirs et de sécurité en zone de montagne. Expert en installation de sécurisation des pistes de ski, concepteur de système de déclenchement d’avalanche ou de systèmes d’enneigement, l’entreprise de Saint-Hélène-du-lac construit et installe aussi des téléphériques partout dans le monde. Le projet de Blois-sur-Seille est un petit projet pour l’entreprise mais aussi un défi à relever car les ingénieurs qui ont travaillé sur le projet l’avouent «on a été souvent étonnés voire surpris par l’ingéniosité des hommes du 19ème qui ont conçu le téléphérique ».

Après un minutieux démontage, les pièces du téléphériques sont emmenées en Savoie pour être restaurées, voire refaites à neuf quand elles étaient trop abîmées. En janvier, toute la petite équipe de Blois, élus et passionnés se rendent sur place pour voir l’état d’avancement des travaux. Impressionnés par la taille et le niveau d’expertise de la société à laquelle ils ont confié leur « bébé », Ils suivent la visite avec une attention toute particulière.

En mars 2022, près d’un an et demi après le démontage, le porte-lait va enfin renaître. Toutes les pièces sont ramenées et minutieusement remises en place sous les regards ébahis des habitants du village, tous ces gens qui pour la plupart ont encore des souvenirs du téléphérique en action. Le maire lui-même se rappelle les fins d’après-midi où «on courait à la fromagerie pour manger la rognure, cette bande de fromage qui débordait des presses ». Après deux semaines de travaux, l’entreprise savoyarde procède aux premiers essais… Un grand moment pour tous ceux qui s’étaient fait à l’idée qu’on ne pourrait jamais restaurer le porte-lait.

Le téléphérique remis en état, l’urgence est maintenant d’en faire profiter les touristes. Une grande fête est prévue début juillet 2022 avec fabrication de comté à l’ancienne et toutes les semaines en juillet et août, des démonstrations auront lieu pour faire découvrir le trésor retrouvé du village. Le plus beau des hommages rendus aux hommes de 1893.

Un feuilleton de Catherine Schulbaum, Fabienne Le Moing, Appolline Guillerot Malik, Remy Bolard, Vincent Grandemange, Thomas Hardy, Karl Monnin et Emmanuel Dubuis.





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