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Agriculture

en Bourgogne, les viticulteurs face aux pénuries et à la hausse des prix



C’est l’embouteillage dans les caves de Bourgogne, au sens propre comme au figuré. De nombreux domaines n’arrivent pas à expédier leurs commandes car ils ne reçoivent pas les cartons, capsules et bouteilles en temps voulu. Les prix ont aussi augmenté, et cela va se ressentir sur le prix du vin.

« Ça fait trois ans qu’on n’en sort pas. Entre le covid, le gel, et maintenant ça…«  Damien Leclerc, directeur général de la coopérative La Chablisienne dans l’Yonne, avoue être « plutôt inquiet« . À l’heure où les vignerons sont censés mettre leur production en bouteille afin de libérer les cuves pour la prochaine récolte, ils font face à deux coups durs : pénuries de produits d’emballage et hausse des prix.

« Il y a un problème de délai de livraison sur les bouteilles en verre, les cartons d’emballage et les capsules (les capsules d’aluminium qui sont apposées sur le goulot)« , détaille Damien Leclerc. Idem dans le sud de la région, à la Cave coopérative d’Azé dans le Mâconnais : « J’attends des cartons qui doivent arriver depuis janvier« , déplore Marc Montcouquiol, responsable de l’étiquetage et de l’approvisionnement. 

« Dès que ce ne sont pas des formats standart, les délais sont rallongés. Au Japon par exemple, les clients commandent des cartons de 12 bouteilles au lieu des habituels cartons de 6. Ces cartons, je les ai commandés début février, je ne les ai reçus que fin avril. Pour les capsules, c’est pareil : j’ai fait une commande début janvier, je les ai eues en mars. »

« D’habitude on nous annonce six semaines de délai, maintenant c’est trois mois. Mes commandes du mois de mars, on me les annonce pour fin juillet. »

Des délais qui affectent aussi les vignerons indépendants, comme le domaine Besson à Chablis. « Dès janvier, on m’annonçait 12 semaines de délai sur les capsules, finalement ça a été 14« , explique Camille Besson. « Là, je viens de passer une nouvelle commande de capsules, la livraison est prévue pour septembre… Au lieu de 3 à 4 semaines de délai habituellement ! »

Conséquence ? Certains professionnels sont contraints de décaler leur mise en bouteille. Le problème, c’est que ce processus met plusieurs mois, et qu’il faut que les cuves soient vides pour accueillir la nouvelle récolte 2022 – pas question de retarder la date des vendanges ! « Heureusement, si on peut dire, la récolte 2021 est plus faible en volume que les années précédentes, donc nous avons des cuves déjà vides« , nous confient plusieurs vignerons. En effet, le gel qui a durement touché le vignoble bourguignon a détruit une grande partie du millésime 2021. « Une année normale, on produit huit millions de bouteilles : là, ce sera la moitié« , confie Damien Leclerc, de la Chablisienne. La Cave d’Azé, elle, table sur pas plus d’un million de bouteilles au lieu du quasi-million et demi qu’elle produit habituellement. 

Mais les vignerons doivent aussi faire face à un autre problème : celui de la hausse des prix, corrélé à la pénurie. « Le double problème, c’est qu’on signe des commandes qui vont arriver en retard, mais qu’en plus on ne sait pas combien on va payer au final », explique Marc Montcouquiol, de la Cave d’Azé. Pragmatique, il déroule les chiffres : les capsules ? « On est passé de 22 à 31 euros les 1000. » Les cartons ? Compter entre 50 à 70 centimes d’euros l’unité au lieu de 20 à 35. « Même les rouleaux de scotch pour fermer les cartons ont augmenté, on est passé de 12€ en octobre à 19,60€ en janvier. » À la Chablisienne, Damien Leclerc a quand à lui constaté une hausse des prix de 15 à 30% sur les bouteilles. 

Et les fournisseurs ne s’en sortent pas mieux. Une société de verrerie du pays beaunois, qui fournit des vignerons, explique elle-même ne pas avoir de prises sur cette flambée : « Pour notre dernière commande, on nous a annoncé une augmentation de 20 à 40%. On n’a pas eu le choix. Les vignerons non plus n’ont pas le choix, ils sont inquiets. Pour eux, l’urgence c’est de recevoir leurs produits plutôt que de regarder les prix… Autrement, ils auraient pu faire jouer la concurrence.

« Là, c’est tellement tendu qu’on n’a aucune marge de négociation. »

Et ces hausses vont se répercuter sur les consommateurs. La Cave d’Azé a déjà augmenté ses prix à deux reprises. « On nous demandé : c’est à cause du gel de l’an dernier ? Mais non, en fait, c’est surtout pour couvrir le prix de ces matières sèches« , déplore Marc Montcouquiol. Au domaine Besson, pour anticiper les délais de livraison, « on a commandé trois fois plus de volume que d’habitude : forcément, ça a un coût pour nous« , lance Camille Besson. « On est directement touché par l’inflation« , reconnaît Damien Leclerc, de la Chablisienne. 

Mais à quoi sont dus ces délais et cette hausse des prix ? « Excellente question« , sourit le directeur de la Chablisienne. « On a beaucoup de versions« , nous dit-on du côté de la Cave d’Azé. Au domaine Besson, Camille Besson confirme.

« Mes fournisseurs me disent parfois que c’est une machine qui a un problème, parfois que c’est lié au covid, parfois aussi que comme l’aluminium vient d’Ukraine, ça pose problème à cause de la guerre. C’est pareil pour le verre, on nous dit qu’un four a été détruit à Marioupol. »

« Pour la pénurie de carton, on nous a d’abord expliqué que c’était à cause du manque de pâte à papier, parce qu’on ne recyclait plus rien à cause du covid« , se rappele Marc Montcouquiol. « Puis on a entendu parler d’une usine qui a brûlé en Finlande, et d’une usine qui s’est mis en grève en Espagne. »

À cela, il faut rajouter la hausse globale des prix que l’on connaît depuis le début de l’année. « Les usines ont besoin de bois, de gaz et d’électricité pour tourner, et tout cela coûte plus cher« , explique l’entreprise de verrerie que nous avons contacté près de Beaune.

Malgré cela, les vignerons se posent des questions. « Pour la hausse des prix des bouteilles à cause des prix de l’énergie dans les usines, d’accord. Pour les capsules dont l’aluminium vient d’Ukraine ou de Russie, d’accord. Mais pour le reste, on ne sait pas très bien. On pense qu’il y a sûrement un effet d’aubaine« , soupçonne Damien Leclerc. « Quelque chose se passe je ne sais où, ce n’est pas normal. Est-ce qu’il y a un pays qui achète toutes les matières premières pour faire monter les prix ?« , s’interroge Marc Montcouquiol. « En tout cas, ce n’était jamais arrivé avant.« 

« Auparavant, trois semaines de délai c’était une catastrophe. Maintenant, si c’est trois mois de retard, on est presque content »

En attendant, les vignerons serrent les dents. « Tant qu’on prévoit à l’avance, ça peut le faire« , assure Camille Besson. Les clients, eux, prennent leur mal en patience. À la Cave d’Azé, certains attendent leur livraison depuis février.





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