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Agriculture

en Bourgogne, les vignerons auront-ils tous droit à une indemnisation pour calamité agricole ?

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Le gouvernement va déployer le régime de calamité agricole à la suite de l’épisode de gel qui a touché de nombreuses régions ces derniers jours, a annoncé jeudi 8 avril, le ministère de l’Agriculture. En Bourgogne, seuls 20% des vignerons sont assurés pour des aléas climatiques. 

On va lancer la mise en œuvre du régime de calamité agricole“, a déclaré ce jeudi 8 avril le ministre de l’agriculture Julien Denormandie pour répondre à la vague de froid, au gel, qui a durement touché les agriculteurs, et notamment les viticulteurs ces derniers jours. Le ministre de l’Agriculture, sur France Info, assure que la mobilisation du gouvernement “est totale” et que “les mesures d’accompagnement seront mises en place le plus rapidement possible“, sans en préciser le montant.

Il a par ailleurs indiqué que des dispositifs fiscaux étaient à l’étude et que la mobilisation des assureurs et des banquiers, “des acteurs clés”, fera l’objet d’une surveillance.

Quelle sera donc la prise en charge pour les viticulteurs fortement impactés par cet épisode de gel. Thiebault Huber, le président du CAVB, la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne, répond à nos questions. 

Le gouvernement va activer le régime de calamité agricole, est-ce une bonne nouvelle pour le vignoble de Bourgogne ?

Thiebault Huber : En soi, c’est une bonne nouvelle car cela va nous permettre de mettre en place des mesures quand il n’y en n’a pas pour ce type de phénomène. Malheureusement cela n’ouvre pas de tiroirs sur beaucoup de choses, mais au moins sur la perte de l’outil de production de nos vignes. On a eu beaucoup de dégâts sur les petits plants, les jeunes vignes qui ont été ratiboisées à 100%, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de bourgeons qui sont pour l’instant vivants. 

Dans ces cas là, on risque d’avoir un impact sur plusieurs années. Le fait d’avoir été placés en calamité agricole va nous permettre de pouvoir lever des subventions.

En Bourgogne, est-ce que tous les vignerons ont le droit de toucher une indemnisation ?

Seulement 20% de nos viticulteurs sont aujourd’hui assurés contre la perte climatique et ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que le produit n’est plus adapté. Il coûte très très cher. Et la plupart du temps, l’assureur nous dit au bout de 4 ou 5 ans : “moi je ne veux plus car pour une cotisation de 100 que tu me donnes, je t’indemnise de 400 ou 500, donc ça ne va pas.” On ne trouve même plus d’assureur qui accepte de nous prendre en charge et de nous signer une police de contrat.

On a une assurance climatique qui n’est plus du tout adaptée. Elle est basée sur un système de calcul complètement obsolète et n’a jamais été modifiée. On a donc beaucoup de choses à mettre sur la table.

Cela veut dire que 80% des vignerons en Bourgogne ne toucheront aucune subvention ?

Exactement. Ils ne toucheront rien du tout. Et c’est terrible. Une exploitation qui a 40 ans et qui a les reins solides, ça va. Mais là, on vient de voir un jeune qui s’est installé alors qu’il est en hors cadre familial [sans reprendre l’exploitation familiale]. Il a adhéré à une cave coopérative en 2019. Il m’a dit “C’est terrible. 2019 le gel, 2020 la sécheresse et 2021 le gel à nouveau et personne ne veut m’assurer”. Donc, il y a un gros souci là-dessus. Je crois qu’il faut construire avec les assureurs, sous l’égide de l’Etat, un fond spécifique pour faire face à ces coups durs liés aux accidents climatiques. 

Un autre problème, c’est le fermage. On subit de plein fouet la spéculation sur le prix de la terre agricole sur nos appellations. Aujourd’hui, on n’est plus propriétaire de nos terres, donc on les loue. Et le fermage, c’est-à-dire le loyer que l’on doit verser à nos propriétaires explose parce qu’il y a un manque de production. Le cours du fermage est basé sur le cours de vente de vin en vrac et comme il n’y en pas, la valeur monte et on se retrouve à payer des loyers qui sont dingues.  

Est-ce que malgré tout, ce régime de calamité agricole suffira à compenser les pertes pour les vignerons qui sont assurés ?

Je ne suis pas sûr que cela suffise. Et si ça se trouve, on va encore avoir la grêle ou la sécheresse. C’est ce qu’on voit arriver de plus en plus fréquemment sur nos cultures. La subvention ne va sûrement pas suffire.

Le président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne, François Labet estime qu’il faut surtout réfléchir à des solutions pour lutter contre le gel a priori plutôt qu’a posteriori. Êtes-vous d’accord ?

Effectivement, on nous parle d’un plan de relance où on nous parle de recherche et développement. On a vu que tous les moyens possibles pour lutter contre le gel ont été utilisés cette semaine : les bougies, les hélicoptères, les éoliennes, le paillage et on voit que quasiment rien n’a résisté à ces températures de -6 ou -7 degrés. On a cette impasse technique. Il faut urgemment remettre des sous sur la recherhe. 

Il y a aussi un aspect fiscal à revoir. On ne peut pas se faire une épargne de précaution pour anticiper un coup dur sans qu’elle soir fiscalisée. C’est plafonné à 40 000 euros. Et le jour où on réinjecte cette épargne pour faire face à un coup dur, on est fiscalisé à nouveaul là-dessus Il y a quelque chose qui ne va pas. On arrive pas, en France, à mettre en place une ingénierie fiscale qui permette de faire face à ces coups durs au niveau agricole. 

Pour cette année, on prendra tout ce qui est possible de prendre mais il faut qu’on profite de ce moment-là pour se réinventer. 

Il faut ajouter que cet épisode climatique s’ajouter à un contexte sanitaire déjà difficile…

Globalement, la Bourgogne s’en sort bien parce que l’on a des petites récoltes. On n’avait pas de stocks à cause de tous ces aléas climatiques donc les chiffres ne sont pas trop mauvais puisque l’on a pratiquement tout vendu. Mais ne pas avoir de stock, c’est très fragilisant. Il faut faire attention à ça. On n’a pas de cavaux, pas de touristes et pas de restaurants. C’est la deuxième année consécutive qu’on attaque la saison dans ces conditions.

On arrive tous au bout de nos prêts garantis par l’Etat (PGE) que l’on doit commencer à amortir. La charge des PGE sur 5 ans, elle est énorme. Ce sont des sommes mensuelles énormes pour des petites exploitations. Ce sont les banques qui ont signé les prêts. Il faut donner aujourd’hui la possibilité de les amortir sur 10 ans et non pas 5 ans comme aujourd’hui. 

 

 

Un plan de sauvetage pour la filière viticole 

L’association nationale des élus de la vigne a écrit le 8 avril une lettre ouverte au Premier ministre Jean Castex pour lui demander de lancer un plan de sauvetage de la filière viticole, touchée du Jura, à la Bourgogne, au Bordelais. Parmi eux, le député Benjamin Dirx qui s’est justement rendu ce matin dans les vignes pour faire un état des lieux avec le préfet de Saône-et-Loire. 

Dans le contexte que vous connaissez, d’une filière au cœur de multiples crises conjoncturelles et structurelles, se dessine de plus en plus clairement le risque de disparition de ce qui fait la France, dans son patrimoine, dans son paysage, mais aussi dans les fondements de son économie“, ont alerté les co-présidents de l’Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), avant de demander au Premier ministre la mise en place “d’un plan de sauvetage“.

69 députés se sont joints pour signer une tribune appuyant cette demande et invitant le gouvernement à mettre en place des outils pour permettre aux filières concernées de faire face à l’importante perte de production qui se profile.

 





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