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Agriculture

En Bourgogne, les producteurs partagés sur le recours aux circuits courts

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Au printemps, les deux mois de confinement dus à la crise du coronavirus ont bousculé les habitudes d’achat alimentaire. Les emplettes en circuit-court ont été plébiscitées et les drive fermiers ont connu un boom d’activité. 

Pour aider les producteurs locaux qui faisaient face à la crise, pour manger mieux pendant la période de confinement ou pour éviter les files d’attente dans les supermarchés, les consommateurs en Bourgogne ont pour beaucoup favorisé également les ventes directes pendant les deux mois de confinement. 

Si le soufflé est quelque peu retombé avec le déconfinement, l’intérêt pour l’achat en direct de produits locaux semble vouloir se maintenir depuis cet été. 

 

C’est le cas en tout cas à la Ruche qui dit oui à Auxerre. La Ruche qui dit oui est une formule de circuit court sans engagement. A Auxerre, on commande des produits locaux via un site internet et on passe prendre son panier une fois par semaine. Depuis le début du nouveau confinement, Eric de Lapinay constate une nouvelle progression. “On constate déjà sur les commandes en cours qu’on est au-dessus de ce qu’on fait habituellement”
 
A Auxerre, Christophe Rousseau, éleveur de bovins et de volailles et gérant du Drive fermier, note la même tendance. “Cela recommence. On a déjà fait 30% de commandes en plus que la semaine dernière.”

Avec l’annonce du deuxième confinement, les gens se sont rués sur la boutique de Valérie Laporte. Elle est éleveuse de bœuf et co-gérante de la boutique secrets de paysans à Coulanges-les-Nevers (Nièvre). “Mercredi et jeudi dernier, cétait la folie. Même jeudi dernier, c’était un afflux pas normal. Depuis, c’est revenu à la normale.” 

Un deuxième confinement différent

Alexandre Cauchy est lui maraîcher dans la Bresse. S’il a connu un pic d’activité pendant le premier confinement, les ventes sont vite redescendues pendant l’été. “On s’y attendait. Ce n’est pas que les clients nous fuient, c’est que beaucoup ont repris le travail avec des horaires pas forcément compatibles avec les horaires de livraison et de distribution“. 

Depuis le début de deuxième confinement, “au niveau des ventes, ça repart à la hausse. Surtout la vente en ligne car on fait parti de la Ruche qui dit oui. C’est en train de remonter progressivement. Pendant le premier confinement, Alexandre a multiplié ses ventes par 5. “Là, on a multiplié par 3, ce qui est déjà bien.”

 

On continue la diversification des marchés avec la vente en ligne, les cantines scolaires, et heureusement, car cela compense les pertes liées à la fermeture des restaurants

Alexandre Cauchy, maraîcher en Saône-et-Loire

Il continue de procéder à de la vente directe en boutique, sur les marchés et vend une partie de sa production aux cantines scolaires. “On continue la diversification des marchés avec la vente en ligne, les cantines scolaires, et heureusement, car cela compense les pertes liées à la fermeture des restaurants.”

Avec des mesures d’hygiène renforcées et un peu d’inventivité, les agriculteurs et les structures des circuits courts continuent d’approvisionner leurs clients habituels, mais captent aussi de nouveaux consommateurs limités dans leurs déplacements. 

C’est le cas d’Aurélie Cretté. Eleveuse à Dixmont, dans le nord de l’Yonne, avec quatre producteurs locaux, elle a lancé fin septembre un point de vente de produits locaux à Villeneuve-sur-Yonne, le court circuit 89. La période de déconfinement a permis d’accélerer la mise ne place de la boutique. “Cela nous a conforté dans l’idée de monter ce projet qui était en attente depuis deux ans.” 

Mais pour elle, difficile pour le moment de mesurer l’impact du nouveau confinement pour l’instant. “On est satisfait mais c’est encore trop tôt. Je ne peux pas dire qu’il y ait un engouement depuis une semaine. Après, c’est une toute nouvelle clientèle pour nous.” 

 

Une nouvelle clientèle

A Auxerre, Christophe Rousseau constate que la clientèle fidèle a doublé par rapport à la période d’avant-confinement. Le drive fermier compte une vingtaine de producteurs locaux et tourne en moyenne à 300 commandes par semaine contre 150 avant le premier confinement. “Pendant le premier confinement, on a multiplié le chiffre d’affaires par cinq mais cela est redescendu au moment du déconfinement.” 

Cet éleveur de bovins et de volailles pratique la vente directe depuis 20 ans. Il constate cependant que dès qu’il y a déconfinement, certains consommateurs se détournent vite des produits locaux. “Dès la fin du confinement, plus de la moitié des gens qui sont venus au drive, on n’a plus du tout entendu parler d’eux. Pour le consommateur, la règle de base qui décide, c’est le porte-monnaie. Certains ont quand même continuer à jouer le jeu.

  

Une tendance générale à la baisse

Alice Demolder est responsable des drive et de la vente directe à la Chambre d’agriculture de l’Yonne. Elle note une tendance générale à la baisse depuis le déconfinement. “Après le confinement, il y a eu une retombée en général. Après, c’était variable selon les producteurs. Certains disent que cela leur a quand même permis de capter une nouvelle clientèle mais globalement l’activité ne s’est pas maintenue comme ça l’était pendant le confinement. On a eu une baisse pour les drive. Depuis la début de l’automne, deux sur trois sont revenus au niveau de départ. Seul le drive d’Auxerre a réussi à conserver une quarantaine de commandes supplémentaires par semaine”

Il y a une sorte de déception, je pense. Les gens ont repris leurs habitudes quand les commerces habituels ont rouvert leurs portes. C’est très difficile de changer les habitudes de consommation.” 

 

Cette infographie réalisée par la Chambre d'agriculture de l'Yonne montre une nette diminution de commande via les drives fermiers depuis le déconfinement.

Cette infographie réalisée par la Chambre d’agriculture de l’Yonne montre une nette diminution de commande via les drives fermiers depuis le déconfinement.

© Chambre d’agriculture de l’Yonne

Un constat partagé par Christophe Rousseau. “Je pense qu’il y a une majorité de gens qui disent qu’ils préfèrent du coup se rabattre sur des produits de moins bonne qualité qui sont moins chers et du coup, ils reprennent leurs habitudes de consommation.”
 

La crainte pour les fêtes de fin d’année

Les fêtes de fin d’année sont un moment de l’année propice aux plaisirs et à l’art de la table. Il s’agit également d’une période où les familles se retrouvent autour d’un bon repas. C’est un moment important pour le business des producteurs locaux notamment les producteurs de volaille, de foie gras ou des producteurs plus spécialisés comme dans la vente de viande de cerf.
 

Si le confinement se prolonge et qu’il n’y a pas de fêtes de Noël, de fêtes de famille, cela veut dire aussi moins de ventes sur les marchés.

Alexandre Cauchy, maraîcher.

Un avis partagé par Alexandre Cauchy, maraîcher, “pour certains producteurs, évidemment, c’est une période de forte activité, une période charnière. Si le confinement se prolonge et qu’il n’y a pas de fêtes de Noël, de fêtes de famille, cela veut dire aussi moins de ventes sur les marchés.”

Valérie Laporte ne préfère ne pas imaginer que le confinement soit prolongé par le gouvernement. “On se dit que, si ça se prolonge sur le mois de décembre, ce serait un peu triste. Car le mois de décembre est un mois où les gens font des achats très spécifiques pour les fêtes. Il vaudrait mieux avoir un décembre où les gens puissent aller faire leur courses.” 

Christophe Rousseau, lui préfère rester positif. “Tout ce qui ne sera pas acheté sur les marchés de Noël va être acheté sur les marchés classiques ou dans les magasins. En tout cas, nous, on est prêt à faire des grosses commandes à l’arrivée des fêtes de fin d’année.” Le drive fermier d’Auxerre a d’ailleurs mis en place une nouvelle organisation et changé ses locaux pour augmenter sa capacité et son volume de traitements de commandes si le confinement perdure. 

 

On va tenter d’organiser mi-décembre un marché de noël à la chambre d’agriculture en solidarité vis à vis de tous ces marchés qui s’annulent.

Alice Demolder, chambre d’agriculture de l’Yonne.

De son côté, la chambre d’agriculture réfléchit à mener des actions pour aider les producteurs en difficulté. “Pour les fêtes, je pense qu’il faut qu’on revienne vers les producteurs locaux et qu’on voit vraiment comment les accompagner“, explique Alice Demolder. “On va tenter d’organiser mi-décembre un marché de noël à la chambre d’agriculture en solidarité vis à vis de tous ces marchés qui s’annulent.” 

Autre solution envisagée pour accompagner et aider les producteurs durant cette période compliquée, “on a aussi évoqué auprès des drive fermiers la possibilité d’intégrer des producteurs pour élargir la gamme des produits présents sur le drive et de l’élargir à des produits festifs même si ce n’est pas toujours simple d’intégrer des nouveaux producteurs. Il y a toujours la peur de la concurrence vis-à-vis des produits présents”, reconnaît Alice Demolder.

J’veux du local BFC

Comme dans tous les départements de Bourgogne, il existe dans l’Yonne une plateforme web qui référence sur une carte, l’ensemble des acteurs de l’alimentation de proximité et les lieux de vente de produits locaux : vente à la ferme ou au domaine, marchés, magasins de producteurs, AMAP… Cela s’appelle J’veux du local89. 

Mis en place par la chambre d’agriculture de l’Yonne, cette plate-forme permet aux consommateurs de rechercher des produits locaux à la fois en vente directe mais également chez les artisans et commerçants de proximité. Dans l’Yonne, cela permet aux 187 producteurs inscrits gratuitement sur ce site de bénéficier d’une meilleure lisibilité.

Une plate-forme existe également au niveau régional, j’veux du local BFC. En quelques clics, elle permet de localiser tous les producteurs locaux bourguignons.

 



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