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Agriculture

des agriculteurs veulent produire du biogaz par méthanisation, le village s’enflamme contre le projet

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J’ai appris l’existence du projet par hasard, au cours d’une conversation avec des habitants du village d’à côté “. Olivier Martin, maire de Serbonnes n’en revient toujours pas, d’autant plus que l’un des porteurs du projet fait partie du conseil municipal : “il ne m’a rien dit “, affirme Olivier Martin. 

Ce projet, c’est la construction d’un unité agricole de méthanisation sur le territoire communal. Plusieurs agriculteurs se sont associés.

J’ai appris qu’une demande de raccordement d’une canalisation de gaz avait été faite à la DREAL”, dit le maire qui déplore de n’avoir rien su. ” Tout est passé par GRDF, aujourd’hui, il suffit de faire une demande en ligne, pour lancer un projet d’unité de méthanisation.” 

Olivier Martin est inquiet pour l’attractivité du village. Situé à une centaine de kilomètres seulement de Paris, il attire régulièrement de nouveaux habitants qui viennent s’y installer. Une ouverture de classe est en pourpalers avec le rectorat. Le maire dit avoir des projets de “développement intelligent”, mais qui aujourd’hui, lui semblent compromis.

Le maire craint que l’unité de méthanisation ne produise de mauvaises odeurs et qu’il y ait des passages de camions tous les jours. Qui plus est, sur des routes qui ne sont pas adaptées.  “La commune va devoir les entretenir et faire des travaux, alors qu’elle ne dispose pas d’un budget énorme.”

  

Une levée de boucliers immédiate

Les habitants de Serbonnes partagent les mêmes inquiétudes. Ils sont 636, au dernier recensement. Mais les villages voisins, eux aussi, se sentent concernés. Tous craignent une dégradation de leur cadre et de leur qualité de vie. 

Le 27 août dernier, une association s’est constituée bien décidée à se battre contre le projet. L’un des sites possibles pour l’implantation de l’unité de méthanisation, le lieu-dit ” Les trois sapins”, est à environ 600 mètres des premières habitations. 

Serbonnes est un petit écrin de verdure, traversé par l’Yonne. Un sentier de Grande Randonnée ( GR 32) passe par là“, souligne Jérôme Hanover, l’un des membres de l’association. 

Une pétition a été mise en ligne par le Collectif RIMES Serbonnes. Á ce jour, elle a recueilli plus de 12 000 signatures. 

 


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


© Collectif RIME Serbonnes


“Notre but n’est pas d’embêter les gens”

Les porteurs du projet disent avoir été pris de cours. Sébastien Roger, l’un des six agriculteurs qui se sont associés, explique : ” Nous avions prévu de communiquer, mais le projet n’était pas encore abouti. Nous n’avions pas encore déposé le dossier pour l’étude de faisabilité, quand le maire l’a appris. Rien n’était fait, nous n’avions pas assez d’éléments “. 

L’idée, dit-il, c’est de conforter nos exploitations avec une diversification d’activités, pour pouvoir les transmettre à nos enfants “. Victimes des aléas climatiques, sécheresse, inondations, les agriculteurs trouvent ainsi un moyen de s’assurer des revenus. 

Les 6  associés sont tous betteraviers. Leur projet consiste à récupérer une partie des betteraves qu’ils livrent à la sucrerie, sous forme de pulpe de betterave déshydratée et de la méthaniser avec un complément d’autres produits végétaux cultivés sur leurs exploitations.

 “Pour la méthanisation, on va par exemple semer du seigle, de l’orge, à l’automne et on le récoltera en avril-mai. On sémera tout de suite derrière, une nouvelle culture qui, elle, sera commercialisée.”

Il n’y aura rien d’autre à méthaniser que ce nous avons nous mêmes cultivé sur nos terres” dit Sébastien Roger qui parle d’une cercle vertueux, puisque le substrat qui restera après méthanisation, sera utilisé comme engrais naturel au lieu des engrais de synthèse.

Les affichages et les banderolles à Serbonnes lui paraissent disproportionnés : “Il n’y a pas de risque de pollution, pas de risque chimique, car il n’y aura pas de déchets industriels, ni de boues de station dépuration”.

“Les végétaux stockés dans les silos puis méthanisés vont produire du biogaz dans une cuve parfaitement étanche. Le processus naturel de décomposition et de fermentation va se produire dans la cuve. Le gaz, filtré et nettoyé, sera directement injecté dans le réseau de distribution”.  

La taille du projet est raltivement faible : une ration de 30 tonnes de matières (l’équivalent d’un camion) à mettre chaque jour dans le méthaniseur. “Ce n’est pas projet industriel, mais bien un projet agricole“, souligne Sébastien Roger.

Quand au choix d’implantation de l’unité de méthanisation sur la commune de Serbonnes, c’est parce que, dit-il : ” On a besoin de près de trois hectares au minimum pour implanter le méthaniseur. Nous avons la chance d’avoir une conduite de gaz à proximité, et c’est aussi une question de logistique : le lieu est central par rapport aux exploitations qui sont réparties sur plusieurs communes “.

Un autre lieu est envisagé, à plus d’un kilomètre du village, “mais il nous a été retourné que ce n’est plus le lieu qui gêne les habitants mais la méthanisation sur la commune“.

Notre but n’est pas d’embêter les gens” dit Sébastien Roger. “Si ça ne se fait pas sur Serbonnes, notre projet ne se fera pas du tout”.

Pas de projet déposé à la préfecture de l’Yonne

Du côté de la préfecture de l’Yonne, “le projet n’est connu pour le moment que par les plaintes adressées par la commune et les riverains” dit Tristan Riquelme, directeur de cabinet du préfet de l’Yonne. 

Il n’y a pas eu de dépôt de dossier, donc il n’y a pas encore eu d’instruction. Elle sert à écarter les projets qui généreraient des nuisances “, précise t-il.

Pour délivrer ou non, une autorisation administrative, la préfecture vérifie l’implantation du projet, la distance par rapport aux habitations, le processus technologique employé, les éventuels épandages. Le projet doit être irréprochable en matière de protection des personnes et de l’environnement.

Le développement des énergies renouvelables fait partie des priorités de la politique gouvernementale “, rappelle Tristan Riquelme.

Malheureusement les projets de méthanisation sont toujours polémiques. Partout en France, ils se heurtent souvent à l’opposition de la population pour des raisons… bonnes ou mauvaises “, dit-il. “Quand on est opposé à un projet, on en a toujours un vision négative“.

Tristan Riquelme souligne qu’il existe déjà des méthaniseurs dans l’Yonne. La plupart a une double utilité : la production d’énergie et le traitements des déchets. 

Une solution à la discorde ? 

Du côté de l’association, une réunion est prévue tous les jeudis soir.  Les opposants espèrent une solution à distance des habitations ou l’abandon du projet.

Du côté de la préfecture et de GRDF, on espère un apaisement. A Serbonnes, lors des prochaines séances du conseil municipal, l’ambiance pourrait bien être tendue. Affaire à suivre…  

 

Encadré : La méthanisation est l’une des pistes prometteuses en matière d’énergie “verte”.

La France prévoit installer 550 méthaniseurs /an entre 2030 et 2050.  Aujourd’hui, il y a moins de 600 méthaniseurs sur le territoire national dont une soixantaine en Bourgogne Franche-Comté.

Document de l’ADEME BFC : la méthanisation en Bourgogne Franche-Comté – Chiffres et repères – mars 2017 – pdf

Cette filière intéresse de plus en plus d’agriculteurs.
Exemples en Côte-d’Or. 

Reportage : M. Bessard – G. Talon

Interviews: 

– Jean-Michel Fèvre : agriculteur à Brazey-en plaine (21)

– Clément Munier : Chargé de mission agriculture et énergie (ADEME Bourgogne-Franche-Comté)

– Fabrice Genin : Agriculteur à Marsannay-le-Bois (21)

– Christophe Monnot : Agriculteur à Marsannay-le-Bois (21)

– Sylvie Lemaire : Chargée de projet énergie (Chambre agriculture de Côte-d’Or)


 





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